La photo commentée - 1ère édition



Photo de C. Eichelbrenner - ©

Cette photo a été prise à l’Anse Burgos, au sud de la Martinique par un photographe du CRESSMA.
Vous-même, vous avez peut-être déjà rencontré cette forme allongée sur le sable et peut-être même que vous avez pu l’identifier.
Pour ma part, la première fois que je l’ai vue, j’ai d’abord pensé à un tentacule extraterrestre. J’ai même imaginé qu’il y en avait plein d’autres cachés derrière. Au secours !

Ce qui ajoute du mystère, c’est que le plus souvent, vous ne voyez qu’une seule extrémité. L’autre est dissimulée dans la roche, accrochée dans une anfractuosité du récif. Evidemment, on se demande ce qu’y a-t-il derrière ?

Je ne sais pas si vous l’avez touché. Si vous le faites la prochaine fois, allez-y délicatement. En tout cas, c’est une sensation assez bizarre. C’est mou, c’est flasque, et en plus c’est parsemé de bidules pointus et mous à la fois. Bref, ce n’est pas très ragoutant.

A première vue comme ça, on pourrait penser que c’est un ver.
Pourquoi pas. Remarquons quant même que les vers que l’on rencontre sont en généralement de 2 sortes :

D’abord, les vers annelés dont le corps est séparé en anneaux, en compartiments, un peu comme les vers de feu. Vous voyez, ceux qui sont venimeux avec des pompons blancs

Les autres vers, ce sont les vers plats, que vous reconnaissez parce qu’ils sont….plats

Il faut donc se rendre à l’évidence. La « Chose » dont nous parlons n’est ni compartimentée, ni plate. Si c’est ver, c’est donc un ver de l’espace.

En soulevant délicatement l’extrémité de la bête, on remarque un orifice entouré de tentacules. C’est la bouche. En fait, la partie qui traîne sur le sable est la partie antérieure de l’animal.

Faut-il en conclure qu’il mange du sable ? Peut-être.

Nous pouvons  d’ailleurs nous amuser à chercher un animal qui traîne sur le sable, qui l’avale et qui a des tentacules autour de la bouche.
Il y en a un. C’est le concombre de mer. En effet, les concombres de mer remplissent ces trois critères. Certains ont même, des gros tentacules branchus autour de la bouche. L’autre nom du concombre de mer c’est l’holothurie.

Celle que nous avons photographiée ici peut atteindre 2 mètres de long en s’étirant. Si vous le dérangez trop, il se rétracte et se cache dans la roche.

Posé comme ça sur le sable, elle évoque la queue d’un animal avec ses tâches brunes ou couleur crème. C’est pour cette raison qu’on l’appelle l’holothurie queue de tigre. Les scientifiques l’appellent Holothuria Thomasi.

Comme la plupart des holothuries, elle se nourrit des matières organiques contenues dans le sable. Elle l’avale, le filtre et l’éjecte par son anus. Certains aquariophiles l’utilisent d’ailleurs pour assurer la propreté du sable. Elle mange aussi des petites algues qui poussent sur le sédiment.
Comme elle est timide, vous la rencontrerez surtout en plongée de nuit ou bien l’après-midi, quand le soleil commence à baisser.

Je suis toujours épaté de savoir que les concombres de mer sont les cousins des oursins et des étoiles de mer. Je vous en parlerai une autre fois si vous voulez. En attendant, ouvrez les yeux, surveillez vos palmes et ne cassez rien. A bientôt.

Christian Hibade – 12/06/2006


 

Photo de C. Eichelbrenner - Holothuria Thomasi

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